samedi 21 janvier 2012

Un respect poids plume


De tout temps, pour des causes diverses et bien avant l’apparition de l’homme, maintes espèces animales ou végétales ont disparu de la surface de la Terre. 

Malgré les lois secrètes des éléments de notre système, le tribut à payer n’a jamais été en grave déséquilibre pour autant, exception faite de quelques événements majeurs, propres à mettre en péril les fondements même de la vie.
Par bonheur, jusqu’ici, aucune météorite n’a été assez massive pour éradiquer toute forme de vie. 

Depuis quelques siècles à peine, chaque année, ce sont des dizaines de représentants de la faune et de la flore qui disparaissent à jamais, par la seule faute de l’homme. Les mouvements de protection de la nature sont les seuls à s’en émouvoir sérieusement, le reste (en tout cas le gros) de la population se passionnant surtout pour les tournois de tennis, les sempiternels « défis » footballistiques sans grand intérêt pour la survie du genre humain ou la vaine parade automobile à la queue leu leu.

Aussi, que l’on nous rappelle que les « eskimau » n’existent plus depuis quelque temps, n’a rien pour nous interpeller, tant sont innombrables les ethnies et autres civilisation qui nous ont précédé, puisque nous sommes plus sensibles aux modes technologiques, aux festivals de Cannes et autres peoples de bas étage.

A l’image des aborigènes d’Australie, des indiens d’Amérique du nord et quantité d’autres petites peuplades qui vivaient naguère plus ou moins épargnées par la ravageuse civilisation de l’homme blanc, demain nous pourrons très certainement compter au nombre des disparus – toujours par notre seule faute, les indiens Kayapos, en Amazonie brésilienne.

Ultimes représentants d’être autonomes et libres, vivants en totale autarcie ; témoignages humbles et discrets de ce que notre existence était encore il y a quelques milliers d’années à peine – une existence certes courte mais véritablement libre et en harmonie parfaite avec leur environnement, les indiens Kayapos vont probablement n’être plus qu’un souvenir dans la petite mémoire de l’homme des temps modernes.

S’ils subsistent encore aujourd’hui, pour quelque temps, il est certain qu’en Chine ils auraient déjà été éradiqués depuis belle lurette. Et tout cela pour un barrage de plus, une route de plus, une ville de plus, tellement nos besoins ne cessent d’enfler à mesure que notre démographie est grosse de milliards d’êtres plus ou moins humains. 

Tous les prétexte sont désormais bons pour juger impératives les raisons économiques, fussent-elles destructrices. Décidément, nous ne trouverons jamais que des emplâtres à appliquer sur la jambe de bois de nos erreurs d’adaptation. Et tant pis pour nos enfants ?

Nous n’avons toujours pas trouvé le bon mode d’emploi de notre existence et de notre contexte de vie. A mesure que le temps passe, la gestion de nos territoires est catastrophique. Les indiens Kayapos sont là pour en témoigner, une fois de plus. Eux dont la vie va être mise en péril pour cause de « progrès » ; eux que nous traiterions, avec notre sens du pragmatisme évolué, de sauvages, « d’inutiles », de « parasites incongrus » eux sont capables de survivre – sans exiger rien de plus, avec des moyens dérisoires. 
Nous avons perdu ce pouvoir fascinant, mystérieux, inquiétant, et nous sommes devenus incapables d’en faire autant, bardés que nous sommes, de prothèses mécaniques, électroniques en tout genre.

Il n’y a pas pire sourd que celui qui ne veut entendre, ou qui n’est sensible qu’à tout ce qui touche exclusivement à l’expansion économique, au pouvoir, à la rentabilité, aux bénéfices monnayés dans toutes les devises internationales et surtout à notre prolifération, qui entraîne dans son sillage des besoins artificiels dévastateurs qui ne font que réduire toujours plus le sursis de notre civilisation.

Quel poids peut avoir les arguments simplement écologiques, d’une minorité de « sauvages » ? N’en sommes-nous pas d’autres, dans notre genre ?

Ce que nous perdons de vue, c’est que lorsque nous aurons tout exploité, lorsque nous aurons tout pollué, tout rasé, bétonné, macadamisé, tronçonné, submergé par les méfaits galopants de notre « fabuleuse » expansion, que restera-t-il à faire, à espérer, à protéger, à rêver sur une planète-déchetterie ? Cherchez toujours...

Quel « grand » chef d’état écoutera avec respect le chef indien Raoni, venu en Europe pour dénoncer la construction du barrage de Bel Monte ? Comme si la croissance allait faire disparaître les sans emplois et assurer un bonheur éternel à ceux qui seront dépendants des « bienfaits » de la modernité. Comme si la production d’énergie ne consistait pas surtout à répondre aux rêves des riches de s’enrichir encore plus et d’entraîner dans le cercle vicieux de l’assujettissement des peuples entiers. Routine, que tout cela, bien sûr…

Un barrage de plus, pour quelques humains de moins. Demain, deux barrages, puis trois et encore, encore… Où sont ceux qui auront encore des scrupules et qui pousseront les décideurs politiques à entamer les démarches nécessaires à la protection de nos frères indiens, et à la protection de nos patrimoines terrestres ? 

« Je ne peux pas avoir beaucoup d’espoir pour un monde trop plein », là est certainement la cause fondamentale de beaucoup de nos problèmes. C’est ce que nous confiait, il y a quelques mois encore, l’ethnologue Claude Lévi-Strauss. A sa naissance, en 1908, la planète ne comptait qu’un milliard d’être humains, environ. Faites le compte en 2010…

Notre pérennité ne siège certainement pas dans quelques barrages de plus, dans quelques nouvelles forêts rasées, dans un anéantissement des quelques ultimes tribus d’hommes libres. 

                                                                                                           J-M. L.




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