De
tout temps, pour des causes diverses et bien avant l’apparition de
l’homme, maintes espèces animales ou végétales ont disparu de la
surface de la Terre.
Malgré les lois secrètes des éléments de
notre système, le tribut à payer n’a jamais été en grave
déséquilibre pour autant, exception faite de quelques événements
majeurs, propres à mettre en péril les fondements même de la vie.
Par
bonheur, jusqu’ici, aucune météorite n’a été assez massive
pour éradiquer toute forme de vie.
Depuis quelques siècles à
peine, chaque année, ce sont des dizaines de représentants de la
faune et de la flore qui disparaissent à jamais, par la seule faute
de l’homme. Les mouvements de protection de la nature sont les
seuls à s’en émouvoir sérieusement, le reste (en tout cas le
gros) de la population se passionnant surtout pour les tournois de
tennis, les sempiternels « défis » footballistiques sans
grand intérêt pour la survie du genre humain ou la vaine parade
automobile à la queue leu leu.
Aussi,
que l’on nous rappelle que les « eskimau » n’existent
plus depuis quelque temps, n’a rien pour nous interpeller, tant
sont innombrables les ethnies et autres civilisation qui nous ont
précédé, puisque nous sommes plus sensibles aux modes
technologiques, aux festivals de Cannes
et autres peoples de bas étage.
A
l’image des aborigènes d’Australie, des indiens d’Amérique du
nord et quantité d’autres petites peuplades qui vivaient naguère
plus ou moins épargnées par la ravageuse civilisation de l’homme blanc,
demain nous pourrons très certainement compter au nombre des
disparus – toujours par notre seule faute, les indiens Kayapos, en
Amazonie brésilienne.
Ultimes
représentants d’être autonomes et libres, vivants en totale
autarcie ; témoignages humbles et discrets de ce que notre
existence était encore il y a quelques milliers d’années à peine
– une existence certes courte mais véritablement libre et en
harmonie parfaite avec leur environnement, les indiens Kayapos vont
probablement n’être plus qu’un souvenir dans la petite mémoire
de l’homme des temps modernes.
S’ils
subsistent encore aujourd’hui, pour quelque temps, il est certain
qu’en Chine ils auraient déjà été éradiqués depuis belle
lurette. Et tout cela pour un barrage de plus, une route de plus, une ville de plus, tellement nos besoins
ne cessent d’enfler à mesure que notre démographie est grosse de
milliards d’êtres plus ou moins humains.
Tous les prétexte sont
désormais bons pour juger impératives les raisons économiques,
fussent-elles destructrices. Décidément, nous ne trouverons jamais
que des emplâtres à appliquer sur la jambe de bois de nos erreurs
d’adaptation. Et tant pis pour nos enfants ?
Nous
n’avons toujours pas trouvé le bon mode d’emploi de notre
existence et de notre contexte de vie. A mesure que le temps passe,
la gestion de nos territoires est catastrophique. Les indiens Kayapos
sont là pour en témoigner, une fois de plus. Eux dont la vie va
être mise en péril pour cause de « progrès » ;
eux que nous traiterions, avec notre sens du pragmatisme évolué, de
sauvages, « d’inutiles », de « parasites incongrus
» eux sont capables de survivre – sans exiger rien de plus, avec
des moyens dérisoires.
Nous avons perdu ce pouvoir fascinant,
mystérieux, inquiétant, et nous sommes devenus incapables d’en
faire autant, bardés que nous sommes, de prothèses mécaniques,
électroniques en tout genre.
Il n’y
a pas pire sourd que celui qui ne veut entendre, ou qui n’est
sensible qu’à tout ce qui touche exclusivement à l’expansion
économique, au pouvoir, à la rentabilité, aux bénéfices monnayés
dans toutes les devises internationales et surtout à notre
prolifération, qui entraîne dans son sillage des besoins
artificiels dévastateurs qui ne font que réduire toujours plus le
sursis de notre civilisation.
Quel
poids peut avoir les arguments simplement écologiques, d’une
minorité de « sauvages » ? N’en sommes-nous pas
d’autres, dans notre genre ?
Ce que
nous perdons de vue, c’est que lorsque nous aurons tout exploité,
lorsque nous aurons tout pollué, tout rasé,
bétonné, macadamisé, tronçonné, submergé par les méfaits
galopants de notre « fabuleuse » expansion, que
restera-t-il à faire, à espérer, à protéger, à rêver sur une
planète-déchetterie ? Cherchez toujours...
Quel
« grand » chef d’état écoutera avec respect le chef
indien Raoni, venu en Europe pour dénoncer la construction du
barrage de Bel Monte ? Comme si la croissance allait faire
disparaître les sans emplois et assurer un bonheur éternel à ceux
qui seront dépendants des « bienfaits » de la modernité.
Comme si la production d’énergie ne consistait pas surtout à
répondre aux rêves des riches de s’enrichir encore plus et
d’entraîner dans le cercle vicieux de l’assujettissement des
peuples entiers. Routine, que tout cela, bien sûr…
Un
barrage de plus, pour quelques humains de moins. Demain, deux
barrages, puis trois et encore, encore… Où sont ceux qui auront
encore des scrupules et qui pousseront les décideurs politiques à
entamer les démarches nécessaires à la protection de nos frères
indiens, et à la protection de nos patrimoines terrestres ?
« Je
ne peux pas avoir beaucoup d’espoir pour un monde trop plein »,
là est certainement la cause fondamentale de beaucoup de nos
problèmes. C’est ce que nous confiait, il y a quelques mois
encore, l’ethnologue Claude Lévi-Strauss. A sa naissance, en 1908,
la planète ne comptait qu’un milliard d’être humains, environ.
Faites le compte en 2010…
Notre
pérennité ne siège certainement pas dans quelques barrages de
plus, dans quelques nouvelles forêts rasées, dans un anéantissement
des quelques ultimes tribus d’hommes libres.
J-M. L.
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