samedi 21 janvier 2012

Les murs ont bien plus que des oreilles



Est-il encore possible d’échapper aux multiples petits pouvoirs que se partagent ceux – plus ou moins anonymes, plus ou moins discrets, qui se fondent dans une réalité qui se brouille et se complexifie toujours un peu plus, mais parvient à s’imposer en filigrane dans les rangs des quêteurs d’efficiences ?

La dimension attractive du pouvoir que procure une certaine technologie aurait tendance à légitimer ses usages suspects, d’autant plus qu’elle jouit d’un anonymat confortable. 

Le pouvoir dont il est question ici, technologique, quasi souverain, conduit une armée de meneurs industrieux et prolifiques à recruter des factotums de tous niveaux à la tête d’un quelconque gouvernement en mal d’ingérence totalitaire.

La pyramide du pouvoir élargit d’autant son assise qu’elle peut compter sur l’appui, la complicité de chacun des niveaux, dès lors qu’elle incite à la surveillance et à l’évaluation réciproque. Ce qui, à terme, induit la haute confiance et l’assurance de son sommet en la légitimité d’une toute-puissance qui fait tout pour devenir irrévocable.

Dans un état de plusieurs millions d’individus, les novateurs en technologie invasive figurent autant d’indispensables complices, s’exprimant et agissant de concert en qualité de micro-gouvernants. Le but ultime de cette stratégie dans les coulisses de notre devenir, bien connu de tous, est celui qu’ont développé il y a déjà plusieurs générations, un nombre impressionnant d’œuvres de fiction considérées comme visionnaires. Sachant parfaitement que nous nous brûlerons, nous marchons malgré tout vers le feu. Incohérence de l'humain.

Soumission, tests, sélections à partir d’une haute surveillance de chaque instant, de la naissance au trépas, tel est le sort de ces animaux de laboratoires que nous sommes tous un peu devenus. Tel peut se qualifier, en termes pragmatiques, l’intention inavouée d’un Pouvoir dévoyé, corrompu, déboussolé ; intention mise en évidence dans ces productions d’artistes soi-disant éveillés, de laborantins malades, d'industriels obsédés ou de politiciens qui auraient été mille fois plus utiles comme plombier.

Si la technologie en soi n’a rien d’inquiétant, l’usage qui peut en être fait relève, comme avec tout ce qui peut devenir une arme, de l’éthique qui sous-tend toute intention. Pour s'en convaincre il ne suffit de voir combien une grande majorité de la population est devenue esclave de ses gadgets électroniques.

Avec les « progrès » que permet la miniaturisation d’engins de toutes espèces, la tentation de réduction maximale de l’autonomie, de l’indépendance, de la liberté d’action et de pensée des citoyens devient brûlante. 
Elle démange d’autant plus que les faits de violences, d’agressions, d’attentats et autres amusements journaliers de bon nombre de frustrés s’accroît exponentiellement avec la hausse de l’injustice, du laxisme, de la bêtise programmée, de la pauvreté et de l’espoir dément de certaines religions de dominer cette planète, dont un consternant pourcentage de représentants n'hésite plus à se ridiculiser à tous propos dès que la moindre occasion se présente, puisque le ridicule ne tue pas. Hélas.

D'où joli engrenage qui entraîne l’apparition de projets de surveillance à distance, téléguidée, informatisée, afin d’anticiper le plus petit écart, la plus infime velléité d’action considérée comme passible de troubler l’état de léthargie dans lequel tout Etat réductionniste se complaît.

Seulement, ce genre de système, pour relativement fiable qu’il puisse être, connaît heureusement ses limites. Ses machiavéliques concepteurs perdent de vue qu’ils ne peuvent, eux-mêmes, échapper à l’emprise du réseau de surveillance et de répression instantanée qu'ils ont imaginé. 
C'est l’exact type de scénario aberrant et pervers développé dans ces productions cinématographiques si peu fictives, qui finissent toujours mal pour ceux qui rêvent un temps au pouvoir intégral et éternel. Douce folie, quand tu nous tiens...et que tu prépares à coup sûr l’une ou l’autre insurrection fracassante et ruineuse. Dans tous les sens du terme.

C’est trop surestimer la capacité d’un être humain à se laisser docilement ensevelir sous les coups de l’irrespect, de l’indignité, de l’inhumanité, la facilité à le réduire dès l’instant où il n’accepte pas de se laisser formater à la norme décidée en « haut-lieu ». Lieu qui figure le sommet du pouvoir, d’où l’on choit d’autant plus facilement que, dessous, ça se bouscule au portillon. 
Voilà pourquoi le pouvoir doit absolument s’assurer le concours de milliers de dociles petits complices conditionnés dans la conscience de servir le Grand Œuvre.

Si certains auteurs ont opté pour ce genre de modèles de société, c’est parce que depuis que nous sommes entrés dans l’ère de haute technologie, il devient de plus en plus difficile de parier sur l’Humanité, tant elle se complaît à nous démontrer que les jeux sont faits, quoi que l'on invente pour le bonheur de l'homme. Surtout sans demander son avis.

Pour quelle raison un être plus ou moins socialisé, plus ou moins intelligent et initié à la dignité et au respect s’ingénie-t-il autant à en vouloir aux autres êtres de son espèce ? 
Pour quelle raison ces derniers persistent-t-ils à faire, des siècles durant, du surplace dans des croyances, pour affirmer sans rire qu’une « divinité » a créé les tenants et aboutissants de nos dramatiques comédies ? 
Pour quelle raison demeurent-ils incapables de gérer la démographie, des énergies qu'ils considèrent grossièrement comme leurs biens ?
Pour quelle raison ne comprennent-ils toujours pas que les massacres, les attentats, l’égoïsme, la violence, la haine, les guerres ne sont que tares, inutiles excès, abcès, cancers, dégénérescence de l'esprit ? 
Pour quelle raison sont-ils convaincus que la technologie, l’emploi, l’énergie nucléaire, les armes, la vitesse les sauveront immanquablement de leurs multiples et répétitives erreurs ? 
Pour quelle raison s'exploitent-ils les uns les autres, et font-ils de la vie du plus grand nombre un misérable parcours du combattant, la faisant payer au plus haut prix ?

Côté "bénéfices", si nos efforts d’imagination peuvent paraître spectaculaires, ils n’assurent la notoriété que de quelques nantis parmi une marée de laissé pour compte. Trop souvent – si pas toujours, ils se révèlent essentiellement dirigés vers le court terme et entraînent dans leur sillage surpollution, gaspillage invraisemblable de matières et d’énergies. Court terme, profit, rentabilité, assujettissement, exploitation, destruction sadique ne sont pas les moindres effets de la « réussite » de certains pontes de l’industrie.

Petite parenthèse : attribuez une once de pouvoir ou d’autorité à un imbécile, fut-il diplômé (et donc convaincu qu’il ne saurait être stupide en AUCUN cas), et donnez-lui les moyens de sévir. Vous constaterez que les effets de ses agissements ressemblent étonnamment à ce que vous avez vu, entendu, subi, des dizaines de fois dans votre vie. Cet imbécile, ce pollueur, ce violent, ce despote, c’est peut-être votre patron, le propriétaire de votre logement, celui ou celle pour qui vous avez voté, votre chef d’atelier ou de bureau, votre enseignant, votre médecin, le président de votre association, votre entraîneur, l’idole que vous admirez, celui qui vous devance ou vous colle aux pare-chocs,…

Aussi pourquoi leur attribuer autant de pouvoir, tant de moyen de sévir ? Que ferez-vous pour que quelque chose change, ici ou ailleurs ; pour que tous ces petits tyrans qui s’ignorent peu ou prou, cessent « de s’y croire » ?

Alors qu’il admet et accepte d’emblée l'un ou l'autre (la panoplie est fournie) Dieu, l’homme ne tolère plus le moindre doute pour tout ce qui relève de son intelligence. Au nom du triomphe de l’esprit pratique il lui est devenu inconcevable de laisser le champ libre à l’imprévu. Fini l'aventure ! Terminé la curiosité, le rêve et donc l'espoir ! Désormais tout doit être balisé, connu, prévu, fiché, quantifié, analysable afin d’être promptement formaté selon les critères d'une normalisation prudente et gérable à tout instant dans ses moindres détails. Fi donc de l’identité, de la personnalité, du choix, de la diversité, cette monstruosité de la nature. Et donc, sus au hasard, à l’échec qui ne sont qu’entraves perfides à l’ex-pan-sion éco-no-mi-que !

La vie a peut-être fait une grosse erreur en innovant un animal doté d’un cerveau tortueux, d'une conscience qui deviendra bientôt inutile, au train où certains apprenti-sorciers s’activent. Dans la traque à l’anormalité, dans la chasse aux contestataires, aux improductifs, aux mauvais clients, aux employés réfractaires, la haute technologie prédictive permettra aux heureux gouvernements de naviguer sereinement en eaux troubles, et ce jusqu’au pire laxisme pour les bons mercenaires ou jusqu’à la répression sécuritaire la plus féroce pour les méchants impurs et insoumis.

C’est un peu de cette manière que tous ceux qui détiennent un peu, beaucoup, passionnément de pouvoir dérèglent la marche naturelle du monde tout en creusant la tombe de la justice et des droits fondamentaux.

                                                                                                          J-M. L.







Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire