Est-il
encore possible d’échapper aux multiples petits pouvoirs que se
partagent ceux – plus ou moins anonymes, plus ou moins discrets,
qui se fondent dans une réalité qui se brouille et se complexifie
toujours un peu plus, mais parvient à s’imposer en filigrane dans
les rangs des quêteurs d’efficiences ?
La
dimension attractive du pouvoir que procure une certaine technologie
aurait tendance à légitimer ses usages suspects, d’autant plus
qu’elle jouit d’un anonymat confortable.
Le pouvoir dont il est question ici, technologique, quasi
souverain, conduit une armée de meneurs industrieux et prolifiques à
recruter des factotums de tous niveaux à la tête d’un quelconque
gouvernement en mal d’ingérence totalitaire.
La
pyramide du pouvoir élargit d’autant son assise qu’elle peut
compter sur l’appui, la complicité de chacun des niveaux, dès
lors qu’elle incite à la surveillance et à l’évaluation
réciproque. Ce qui, à terme, induit la haute confiance et
l’assurance de son sommet en la légitimité d’une
toute-puissance qui fait tout pour devenir irrévocable.
Dans
un état de plusieurs millions d’individus, les novateurs en
technologie invasive figurent autant d’indispensables complices,
s’exprimant et agissant de concert en qualité de
micro-gouvernants. Le but ultime de cette stratégie dans les coulisses de notre devenir, bien connu de
tous, est celui qu’ont développé il y a déjà plusieurs
générations, un nombre impressionnant d’œuvres de fiction considérées
comme visionnaires. Sachant parfaitement que nous nous brûlerons, nous marchons malgré tout vers le feu. Incohérence de l'humain.
Soumission,
tests, sélections à partir d’une haute surveillance de chaque instant, de
la naissance au trépas, tel est le sort de ces animaux de laboratoires que nous sommes tous un peu devenus. Tel peut se qualifier, en termes
pragmatiques, l’intention inavouée d’un Pouvoir dévoyé,
corrompu, déboussolé ; intention mise en évidence dans ces productions
d’artistes soi-disant éveillés, de laborantins malades, d'industriels obsédés ou de politiciens qui auraient été mille fois plus utiles comme plombier.
Si la
technologie en soi n’a rien d’inquiétant, l’usage qui peut en
être fait relève, comme avec tout ce qui peut devenir une arme, de
l’éthique qui sous-tend toute intention. Pour s'en convaincre il ne suffit de voir combien une grande majorité de la population est devenue esclave de ses gadgets électroniques.
Avec les « progrès »
que permet la miniaturisation d’engins de toutes espèces, la
tentation de réduction maximale de l’autonomie, de l’indépendance,
de la liberté d’action et de pensée des citoyens devient
brûlante.
Elle démange d’autant plus que les faits de violences,
d’agressions, d’attentats et autres amusements journaliers de bon
nombre de frustrés s’accroît exponentiellement avec la hausse de
l’injustice, du laxisme, de la bêtise programmée, de la pauvreté
et de l’espoir dément de certaines religions de dominer cette planète, dont un consternant pourcentage de représentants n'hésite plus à se ridiculiser à tous propos dès que la moindre occasion
se présente, puisque le ridicule ne tue pas. Hélas.
D'où joli engrenage qui entraîne l’apparition de projets de surveillance à
distance, téléguidée, informatisée, afin d’anticiper le plus
petit écart, la plus infime velléité d’action considérée comme
passible de troubler l’état de léthargie dans lequel tout Etat
réductionniste se complaît.
Seulement,
ce genre de système, pour relativement fiable qu’il puisse être, connaît
heureusement ses limites. Ses machiavéliques concepteurs perdent de vue qu’ils ne peuvent,
eux-mêmes, échapper à l’emprise du réseau de
surveillance et de répression instantanée qu'ils ont imaginé.
C'est l’exact type de
scénario aberrant et pervers développé dans ces productions cinématographiques
si peu fictives, qui finissent toujours mal pour ceux qui rêvent un
temps au pouvoir intégral et éternel. Douce folie, quand tu nous
tiens...et que tu prépares à coup sûr l’une ou l’autre insurrection
fracassante et ruineuse. Dans tous les sens du terme.
C’est trop surestimer la capacité d’un être humain à se
laisser docilement ensevelir sous les coups de l’irrespect, de
l’indignité, de l’inhumanité, la facilité à le réduire dès
l’instant où il n’accepte pas de se laisser formater à la norme
décidée en « haut-lieu ». Lieu qui figure le sommet
du pouvoir, d’où l’on choit d’autant plus facilement que, dessous, ça se bouscule au portillon.
Voilà
pourquoi le pouvoir doit absolument s’assurer le concours de milliers
de dociles petits complices conditionnés dans la conscience de servir le Grand Œuvre.
Si certains auteurs ont opté pour ce genre de modèles de
société, c’est parce que depuis que nous sommes entrés dans
l’ère de haute technologie, il devient de plus en plus difficile
de parier sur l’Humanité, tant elle se complaît à nous démontrer
que les jeux sont faits, quoi que l'on invente pour le bonheur de l'homme. Surtout sans demander son avis.
Pour
quelle raison un être plus ou moins socialisé, plus ou moins intelligent et initié à la dignité et au respect s’ingénie-t-il autant à en vouloir aux
autres êtres de son espèce ?
Pour quelle raison ces derniers persistent-t-ils à faire, des siècles durant, du
surplace dans des croyances, pour affirmer sans rire qu’une
« divinité » a créé les tenants et aboutissants de
nos dramatiques comédies ?
Pour quelle raison demeurent-ils incapables de gérer la démographie, des énergies qu'ils considèrent grossièrement comme leurs biens ?
Pour quelle raison ne comprennent-ils toujours pas que
les massacres, les attentats, l’égoïsme, la violence, la haine,
les guerres ne sont que tares, inutiles excès, abcès, cancers, dégénérescence de l'esprit ?
Pour
quelle raison sont-ils convaincus que la technologie, l’emploi,
l’énergie nucléaire, les armes, la vitesse les
sauveront immanquablement de leurs multiples et répétitives erreurs ?
Pour quelle raison s'exploitent-ils les uns les autres, et font-ils de la vie du plus grand nombre un misérable parcours du combattant, la faisant payer au plus haut prix ?
Côté "bénéfices", si nos
efforts d’imagination peuvent paraître spectaculaires, ils
n’assurent la notoriété que de quelques nantis parmi une marée
de laissé pour compte. Trop souvent – si pas toujours, ils se
révèlent essentiellement dirigés vers le court terme et entraînent dans leur
sillage surpollution, gaspillage invraisemblable de matières et
d’énergies. Court terme, profit, rentabilité, assujettissement,
exploitation, destruction sadique ne sont pas les moindres effets de la
« réussite » de certains pontes de l’industrie.
Petite
parenthèse : attribuez une once de pouvoir ou d’autorité à
un imbécile, fut-il diplômé (et donc convaincu qu’il ne saurait être stupide en AUCUN cas), et donnez-lui les
moyens de sévir. Vous constaterez que les effets de ses
agissements ressemblent étonnamment à ce que vous avez vu, entendu,
subi, des dizaines de fois dans votre vie. Cet imbécile, ce
pollueur, ce violent, ce despote, c’est peut-être votre patron, le
propriétaire de votre logement, celui ou celle pour qui vous avez
voté, votre chef d’atelier ou de bureau, votre enseignant, votre
médecin, le président de votre association, votre entraîneur,
l’idole que vous admirez, celui qui vous devance ou vous colle aux
pare-chocs,…
Aussi pourquoi leur attribuer autant de pouvoir, tant de moyen de sévir ? Que ferez-vous pour que quelque chose change, ici ou
ailleurs ; pour que tous ces petits tyrans qui s’ignorent
peu ou prou, cessent « de s’y croire » ?
Alors
qu’il admet et accepte d’emblée l'un ou l'autre (la panoplie est fournie) Dieu, l’homme ne tolère
plus le moindre doute pour tout ce qui relève de son intelligence.
Au nom du triomphe de l’esprit pratique il lui est devenu inconcevable de
laisser le champ libre à l’imprévu. Fini l'aventure ! Terminé la curiosité, le rêve et donc l'espoir ! Désormais tout doit être
balisé, connu, prévu, fiché, quantifié, analysable afin d’être promptement formaté selon les critères d'une normalisation prudente et gérable
à tout instant dans ses moindres détails. Fi donc de l’identité,
de la personnalité, du choix, de la diversité, cette monstruosité de la nature. Et donc, sus au
hasard, à l’échec qui ne sont qu’entraves
perfides à l’ex-pan-sion éco-no-mi-que !
La vie
a peut-être fait une grosse erreur en innovant un animal doté d’un cerveau tortueux, d'une conscience qui
deviendra bientôt inutile, au train où certains apprenti-sorciers s’activent. Dans
la traque à l’anormalité, dans la chasse aux
contestataires, aux improductifs, aux mauvais
clients, aux employés réfractaires, la haute technologie prédictive
permettra aux heureux gouvernements de naviguer sereinement en eaux
troubles, et ce jusqu’au pire laxisme pour les bons mercenaires ou jusqu’à la répression
sécuritaire la plus féroce pour les méchants impurs et insoumis.
C’est
un peu de cette manière que tous ceux qui détiennent un peu, beaucoup, passionnément de pouvoir dérèglent la marche naturelle du monde tout en creusant la tombe de la justice
et des droits fondamentaux.
J-M. L.
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