Notre premier ministre bénéficie actuellement d'une associée néerlandophone censée lui ouvrir toutes large les portes de la fraternité en Flandre. Pouvait-on imaginer plus fielleuse courbette, plus vile soumission ? Car, de fraternité, ne rêvons point, il ne saurait y avoir en un pays démuni de toute unité.
En tout cas, c'est la réalité au sud. Parce qu'au nord, là, nous avons une personnalité de poids et de poigne, parfaitement capable de faire à la fois l'unité et aboutir son programme de disparition de la Belgique. Une personnalité qui a au moins le courage de ne rien dissimuler de ses intentions, à l'inverse de la plupart de nos « représentants » du sud.
La prétendue « invincible unité », chère à nos têtes chenues, a fait son temps en qualité de leurre. Il n'est même plus utile d'aligner chiffres, noms et autres statistiques pour s'en convaincre : les médias se chargent tous les jours de nous rafraîchir une mémoire que nous avons étrangement défaillante...au vu des lendemains de campagnes électorales.
Désormais, si une nouvelle unité doit surgir parmi les belges, c'est dans la partie francophone du territoire. Elle doit y prendre corps et s'y intensifier sous la férule d'un homme équivalent à celui qui fait pencher le nord vers ce qui apparaît de plus en plus comme une saine séparation. Mais cet homme ne sera pas celui qui a, par trop, fait long feu et qui se glorifie d'avoir « sauvé le pays ». On en rirait si ce n'était aussi pathétique.
Sous peine d'être annexés par le nationalisme flamand, les francophones doivent prendre leur avenir en mains, seuls, désolidarisés d'une Flandre qui ne se reconnaît plus en cette Belgique à la traîne et qui peine à trouver un sang politique neuf et crédible dans ses tribunes.
La crainte du changement est typique d'une population usée, figée dans le passé, fossilisée dans ses conceptions de l'avenir et qui ne table que sur le court terme. Ainsi, pour certains, la peur de « perdre » la Wallonie en cas de réunion à la France. Une France qui n'est pas plus un enfer que la Belgique, mais qui reconnaît pour siennes les particularismes de l'ensemble de ses régions, comme de ses citoyens. Avec des accrocs regrettables, c'est évident, mais ni plus ni moins qu'ailleurs.
Quoi qu'il en soit, il s'agit d'un grand pays dont nous avons partagé l'histoire et avec lequel nous avons plus d'une affinité, au contraire de ce que nous vivons avec la Flandre.
L'appréhension de vivre une situation pire que celle qui est le sort des francophones belges est légitime, comme, juste pour l'exemple, celle de ne plus savoir que faire de nos pauvres ou de certains immigrés que la Flandre pourrait un jour ou l'autre fort bien refouler vers le sud du pays.
Avantages ou défauts ont leurs propres cours de part et d'autre de la frontière, c'est un fait. Mais il s'agit surtout de vivre autrement, avec d'autres perspectives et règles, de vivre selon d'autres principes la vie politique et le système électoral, de supprimer les avantages alloués aux postes surnuméraires et de lutter contre la particratie. Entre autres.
De deux maux il faut choisir le moindre, et le moindre est de refuser de continuer à saigner une Wallonie déjà sur les genoux et qui finira par ramper d'ici peu, sous la férule lénifiante des partis « traditionnels ». S'il est une tradition qui se perd, c'est bien celle qui fit de nous, jadis, des révolutionnaires capables de prendre en mains le sort auxquel ils aspiraient alors.
De plus, qu'on l'accepte ou non, français nous l'avons déjà étés, de par la langue, de par la culture et les origines, puisque le passé nous a réunis à l'hexagone – qui n'en était pas encore un, alors). Bien avant cela, malgré les mélanges, les mixités ethniques inévitables dues, notamment, aux multiples et incessantes invasions guerrières qui émaillent la sanglante Histoire de l'Humanité, nous n'avions dans cette partie de l'Europe guère d'affinité avec une certaine culture germanique dont peuvent se targuer nos voisins néerlandophones.
Combien n'avons-nous pas ânonné, sur les bancs de l'école primaire, l'abc d'une histoire de la Belgique tronquée, fausse, à bien des égards, responsable du sentiment « belgicain » de beaucoup de nos citoyens qui ne se donnent plus la peine d'aller y voir plus loin que le bout de leurs préjugés.
Il n'y a rien à perdre ni avoir honte à vouloir devenir une vraie nation, se rallier à un pays digne de ce nom. L'aventure vaut largement d'être vécue, en tout cas mille fois plus que le « Muppets show » à la belge. Rien n'est rose nulle part, c'est un fait, mais il est des cirques qui feraient mieux de fermer pour cause d'insalubrité et d'absence de crédibilité.
Une fois française, la Wallonie serait toujours la Wallonie, chère à ceux qui préfèrent encore et toujours baragouiner l'un ou l'autre patois plutôt qu'un français de bon aloi. D'autre part, se retrouver sous la coupe d'un président – et non d'une famille royale à l'utilité discutable et qui ne prolifère que trop, en parallèle à une légion de ministres (en double !), de députés, de sénateurs, lesquels s'adjoignent les services d'une incroyable clique de fonctionnaires à l'efficience suspecte, dont l'agitation est inversement proportionnelle à leurs salaires et aux résultats engrangés ne constitue pas une catastrophe, soyons sérieux.
A l'inverse, ceux qui préfèrent vivre sous la botte d'un parti, papillonnant béatement de gouvernement rabiboché en gouvernement ridiculisé mais qui régit tout, en parfait dictateur déguisé sous le masque de la démocratie, n'offre aucune solution à long terme. Le tout est de savoir ce que nous voulons comme type d'avenir et sur quelle échelle de temps...
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