jeudi 26 janvier 2012

Tout fait farine au bon moulin



Selon le dernier numéro de "passe-partout", notre « miss Belgique » est, parait-il bien nommée.

Que l 'on prenne encore plaisir à voir des jeunes personnes s'exhiber comme autant
de marchandises, ravies d'êtres traitées comme poupées de rêve en étalage ; que celles-ci nous soient présentées comme des canons de beauté peut paraître futile à d'aucuns. Il faut bien trouver quelque chose à mettre sous le vocable « culture », n'est-il pas et lorsque le football fait défaut l'occasion est toute trouvée de nous encombrer l'esprit avec de pareilles vanités. Et que cela se discute, soit, ce n'est pas notre propos ici.

Nul ne niera qu'il est toujours plus agréable de contempler ce genre de personnes, fussent-elles avides de se donner en spectacle, que de devoir subir certains responsables (?) politiques du plat pays.

Le plus étrange est le propos sous-jacent, bien dans l'air du temps et dont on doit à quelques spécialistes du genre déjà pas mal de sorties « belgicaines » en ces temps de troubles et louches belgitude.

C'est le trilinguisme, cette fois, qui est mis à l'honneur comme gage de référence pour qui veut croire qu'en un si petit pays cela puisse être véritablement utile.

D'un côté nous avons environ 70.000 germanophones, de l'autre un peu moins de 4 millions de francophones auxquels il convient d'additionner ce qui reste de néerlandophones, sans parler les usagers de divers patois qui ont la vie dure un peu partout, plus l'une ou l'autre langues qui nous viennent d'un peu partout depuis que l'immigration fait flores.

Ce n'est donc pas trilingue qu'il faudrait être mais multilingue pour se faire comprendre dans certains microcosmes belges. 

Or, dans la pratique, le commun des mortels belges unilingues, donc « mal nommés », s'en remet à la langue officielle de sa communauté ou de son choix. Quant à l'anglais, sont usage n'est pas de mise au quotidien, excepté pour des fonctions particulières.

Toutefois, qu'une ministre du gouvernement de Bruxelles-Capitale présente le trilinguisme comme étant, de toute évidence, un « exemple belge à suivre » constitue un appel du pied d'un tout autre goût. De plus, on ne nous précise pas de quelles langues il s'agit...

Seulement, le seul fait d'être plurilingue assure-t-il en quoi que ce soit que l'usager figure pour autant un « modèle » d'intelligence, d'humanisme, de solidarité, de respect, de dignité, d'efficience ? Cela reste à voir.

Le côté pratique du multilinguisme est incontestable pour qui entend s'agiter de par le monde. Mais que fait-on de ces fameuses « richesses multiculturelles » que la pratique des langues est censée nous apporter ? Ces dernières nous assurent-elles d'une manière ou d'une autre une paix, une fraternité durables ? A moins que le facteur consommation multipliée soit compris dans l'intérêt du multilinguisme.

Il n'empêche que fustiger les usagers d'une seule langue est d'un goût tout aussi douteux venant de la part d'un pays qui à de la peine à reconnaître du bout des lèvres que l'intégration est bel et bien un échec. La faute à la pénurie de polyglottes, sans doute ?

Dorénavant, faudra-t-il considérer les unilingues comme autant d'attardés mentaux, de réfractaires, d'inconséquents, de handicapés sous prétexte que l'usage d'une seule langue et leur vie durant, leur a amplement suffit pour grandir, devenir mature et fonctionner comme tout un chacun, sans être forcément hermétiques et désolidarisés des autres cultures ?

Le fait de partager une seule ou plusieurs langues n'a jamais suffit à faire de nous des modèles en quoi que ce soit. Il y faut beaucoup plus, pour faire de vertueux humains, pondérés, fréquentables, généreux, pacifistes, désintéressés. 
L'ouverture d'esprit ne saurait provenir du seul usage de plusieurs langues, sinon on le saurait. C'est bien dans l'esprit de ce qui se dit de la musique, ce langage "universel" qui pourtant n'adoucit en rien les mœurs, comme a pu le prouver l'Allemagne nazie.

Et aussi, est-ce d'un intérêt quelconque d'être capable de parler pour ne rien dire, comme le font beaucoup de « Miss » en plusieurs langues ?
Irritante, cette annonce d'une exposante « bien nommée » en guise de couche supplémentaire appliquée sur ce qui subsiste de notre esprit critique. Esprit abondamment souillé par les discours de sauvegarde à tout prix d'une Belgique qui prend un plaisir solitaire à adorer son seul nom.

                                                                                                         J-M. L.


                                                                                                      







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