Selon le dernier numéro de "passe-partout", notre
« miss Belgique » est, parait-il bien nommée.
Que
l 'on prenne encore plaisir à voir des jeunes personnes s'exhiber
comme autant
de
marchandises, ravies d'êtres traitées comme poupées de rêve en
étalage ; que celles-ci nous soient présentées comme des
canons de beauté peut paraître futile à d'aucuns. Il faut bien
trouver quelque chose à mettre sous le vocable « culture »,
n'est-il pas et lorsque le football fait défaut l'occasion est toute
trouvée de nous encombrer l'esprit avec de pareilles vanités. Et
que cela se discute, soit, ce n'est pas notre propos ici.
Nul
ne niera qu'il est toujours plus agréable de contempler ce genre de
personnes, fussent-elles avides de se donner en spectacle, que de devoir subir
certains responsables (?) politiques du plat pays.
Le
plus étrange est le propos sous-jacent, bien dans l'air du temps et
dont on doit à quelques spécialistes du genre déjà pas mal de
sorties « belgicaines » en ces temps de troubles et
louches belgitude.
C'est
le trilinguisme, cette fois, qui est mis à l'honneur comme gage de
référence pour qui veut croire qu'en un si petit pays cela puisse
être véritablement utile.
D'un
côté nous avons environ 70.000 germanophones, de l'autre un peu moins de 4 millions de francophones auxquels il convient d'additionner ce
qui reste de néerlandophones, sans parler les usagers de divers patois qui ont la vie
dure un peu partout, plus l'une ou l'autre langues qui nous viennent d'un peu partout
depuis que l'immigration fait flores.
Ce
n'est donc pas trilingue qu'il faudrait être mais multilingue pour
se faire comprendre dans certains microcosmes belges.
Or, dans la
pratique, le commun des mortels belges unilingues, donc « mal nommés »,
s'en remet à la langue officielle de sa communauté ou de son
choix. Quant à l'anglais, sont usage n'est pas de mise au quotidien,
excepté pour des fonctions particulières.
Toutefois,
qu'une ministre du gouvernement de Bruxelles-Capitale présente le
trilinguisme comme étant, de toute évidence, un « exemple
belge à suivre » constitue un appel du pied d'un tout autre
goût. De plus, on ne nous précise pas de quelles langues il s'agit...
Seulement, le
seul fait d'être plurilingue assure-t-il en quoi que ce soit que l'usager
figure pour autant un « modèle » d'intelligence,
d'humanisme, de solidarité, de respect, de dignité, d'efficience ? Cela reste à voir.
Le
côté pratique du multilinguisme est incontestable pour qui entend
s'agiter de par le monde. Mais que fait-on de ces fameuses
« richesses multiculturelles » que la pratique des
langues est censée nous apporter ? Ces dernières nous
assurent-elles d'une manière ou d'une autre une paix, une fraternité durables ? A moins que le facteur consommation multipliée soit compris dans l'intérêt du multilinguisme.
Il n'empêche que fustiger les usagers d'une seule langue est d'un goût tout aussi douteux venant de la part d'un pays qui à de la peine à reconnaître du bout des lèvres que l'intégration est bel et bien un échec. La faute à la pénurie de polyglottes, sans doute ?
Il n'empêche que fustiger les usagers d'une seule langue est d'un goût tout aussi douteux venant de la part d'un pays qui à de la peine à reconnaître du bout des lèvres que l'intégration est bel et bien un échec. La faute à la pénurie de polyglottes, sans doute ?
Dorénavant, faudra-t-il considérer les unilingues comme autant d'attardés mentaux, de réfractaires, d'inconséquents, de handicapés sous prétexte que l'usage d'une seule langue et leur vie durant, leur a amplement suffit pour grandir, devenir mature et fonctionner comme tout un chacun, sans être forcément hermétiques et désolidarisés des autres cultures ?
Le fait de partager une seule ou plusieurs langues n'a jamais suffit à faire de nous des modèles en quoi que ce soit. Il y faut beaucoup plus, pour faire de vertueux humains, pondérés, fréquentables, généreux, pacifistes, désintéressés.
L'ouverture d'esprit ne saurait provenir du
seul usage de plusieurs langues, sinon on le saurait. C'est bien dans l'esprit de ce qui se dit de la musique, ce langage "universel" qui pourtant n'adoucit en rien les mœurs, comme a pu le prouver l'Allemagne nazie.
Et aussi, est-ce d'un intérêt quelconque d'être capable de parler pour ne rien dire, comme le font beaucoup de « Miss » en plusieurs langues ?
Irritante,
cette annonce d'une exposante « bien nommée » en
guise de couche supplémentaire appliquée sur ce qui subsiste de
notre esprit critique. Esprit abondamment souillé par les discours de sauvegarde à tout prix d'une Belgique qui prend un plaisir solitaire à adorer son seul nom.
J-M. L.
J-M. L.
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