Campagne de régularisation 2009
Au terme de la seconde année, l’heure est au bilan.
Si les critères de cette campagne ont été basés sur l’ancrage local durable, à savoir la possibilité d’obtenir - ou la détention, d’un emploi, il est apparu que maintes administrations communales ont pris des libertés dont l’illégitimité par rapport à l’instruction ne fait aucun doute. Ne citons, pour l’exemple, que cette personne tenue de fournir un contrat de bail locatif écrit ! (à Anvers.)
A l’inquiétude vécue par des milliers de personnes, ne nous attardons plus sur celles qui cumulent, parfois malgré elles, des problèmes de toutes natures, et se trouvent en butte à des situations inextricables, à la limite de la compréhension.
Par contre, il est de nature moins commune de faire le constat de la pratique de certains avocats douteux usant parfois de la manière, hautement lucrative, qui sied aux escrocs (honoraires scandaleusement excessifs en échange d’une procédure bâclée, perdue d’avance et à l’insu de l’intéressé.)
Que dire aussi des appels à la délation (trois jours à peine après la publication de la circulaire) des conditions d’octroi, de la lenteur exaspérante, en dépit de l’augmentation des effectifs de l’Office des étrangers !
Que dire aussi des procédures imposées, souvent à la limite de l’intelligibilité, incohérentes, complexifiées à outrance qui ne soulagent en rien l’attente angoissée des candidats à la régularisation…
Sans parler du seul coût des expulsions (6 millions d’euros).
Selon le secrétaire d’Etat Freddy Roosemont, ce seraient entre 20.000 et 30.000 personnes qui auraient été régularisées, depuis le début de la campagne. A la lecture de ce qui précède devons-nous nous en réjouir, considérer cela comme un succès pour autant ?
Certainement pas pour ce qui est de la politique migratoire belge, défaillante à plus d’un titre.
Oui, cette dernière campagne de régularisation dissimule mal un malaise de taille.
Devant la faiblesse patente d'une politique ringarde, il apparaît que les prochaines campagnes de régularisation – car ne nous faisons aucune illusion, il y en aura d'autres, risquent d’être encore plus mal vécues, faute de ne trouver aucun texte de loi assurant de manière effective et sans circonvolutions procédurières une sécurité juridique aux demandeurs de régularisation. Vide juridique qui, pour l'heure, facilite grandement la tâche obscure du Ministère de l’Intérieur.
Ainsi importe-t-il d’exiger que les critères soient, une fois pour toutes, inscrits en termes de loi et qu’une plus grande concertation entre les administrations communales figure désormais la norme.
Pour toutes les associations de défense des sans-papiers, l’histoire ne ferait que se répéter. Mais puisqu’il est évident que c’est le cas, à qui et à quoi faut-il en imputer la responsabilité et pourquoi aucune leçon n’en a jamais été tirée jusqu’ici ? Leçons qui mériteraient d’être en urgence revues pour ce qui relève des matières fondamentales à l’immigration…
Commission permanente indépendante : inexistante.
Loi concrétisant l’application de critères clarifiés : inexistante.
Diktat du ministère de l’intérieur entretenant un flou volontaire (et pour quels motifs ?) dans sa politique : affirmatif.
Politique globale de l’immigration en adéquation avec l’évolution migratoire mondiale et non axée aveuglément sur le repli, le refus, l’hermétisme des frontières : inexistante.
Concertation permanente avec les pouvoirs des nations comprises dans l’espace Schengen afin de sanctionner – et améliorer, les pays « producteurs » de citoyens en errance : néant.
Dans sa forme et son contenu, peut-on prétendre que cette régularisation a fonctionné essentiellement au profit de l’Office des étrangers ? Sans aucun doute, celui-ci faisant tout pour éviter certaines « frustrations » tant aux forces de l’ordre qu’à son ministre.
Ces constats ont amplement de quoi plonger les pays nantis, dont le nôtre, dans l’inquiétude qui n’a pas fini de faire de la fièvre.
En effet, nous pouvons nous demander de quoi sera faite la prochaine campagne car, c’est immanquable, il y en aura d’autres. Qu’est-ce qui attendra alors le Ministère de l’Intérieur lorsque les revendications des candidats à la régularisation deviendra trop forte, trop massive, trop radicale ?
Rien, dans la situation internationale ne montre que cette pression, ces afflux, faibliront malgré la répression - au contraire, malgré la traque aux clandestins qui traîne son ombre délétère dans le sillage des fausses bonnes intentions.
Reste qu’une campagne de régularisation est encore le moment de se méditer sur ce qui cause les flux migratoires actuels, sur l’absence effarante d’actions gouvernementales, économiques pour redresser le niveau de vie de centaine de milliers de citoyens de par le monde.
A quelque temps de nous retrouver 7 milliards d’humains, on peut se demander si ces campagnes ne seront jamais qu’un vague emplâtre sur une jambe de bois. Si l’investissement de nos ministères ne se dirige pas dans la bonne direction.
Accueillir est bien. C’est généreux. C’est un devoir. Ce devrait être une loi beaucoup plus claire, logique, mise en pratique à tous les degrés. Mais aujourd’hui, comment oser encore promettre une vie décente, un avenir à des milliers d’individus alors que la plupart des pays sont en proie à des crises économiques, à des conflits armés à répétitions et poussés au bord de gouffres socio-économiques ?
Rien que chez nous, le taux de chômage n’a rien d’une broutille et les logements disponibles et surtout accessibles à des budgets de pauvres ne sont pas légions. Où et comment trouver les moyens de procurer ce tremplin d’avenir aux migrants qui, ne l'oublions pas, ne cherchent jamais (ainsi que nous le ferions à leur place), qu’à passer ce qui leur reste à vivre sur Terre sans plus devoir craindre ni la disette, ni l’oisiveté ni leurs frères humains.
Cependant, il faut reconnaître que beaucoup « d'errants » et de demandeurs d'avenir (de toute manière hypothétique) n'ont pas vraiment leur place en Belgique. Il n'est pas rare, non plus, que les pays offrants accueillent de manière aveugle des fauteurs de troubles, des oisifs patentés et autres coupables dans leur pays de faits gravissimes. Et lorsqu'on sait que ce genre d'individus laisse toujours beaucoup de trace derrière eux et ne manquent pas de faire des émules parmi leurs congénères, pourquoi s'étonner que l'on veuille durcir les critères de régularisation ou de regroupement familial. Cherchez l'erreur, et vous trouverez aisément à qui la faute.
Pour les autres, qui veulent vraiment changer de vie et s'adapter, être régularisé plonge dans la joie toutes celles et ceux qui en font la demande pressante à nos portes et qui obtiennent – conditions oblige, et il en faut tout de même un minimum, car la démocratie ne peut pas être laxiste au point de ne plus être qu’une espèce de vache à lait qu’il suffit de traire à loisir et sur laquelle tout un chacun peut se précipiter.
Nous ne pouvons nier que les actes humanitaires donnent du sens à nos démocraties. Ils nous honorent et nous confortent dans nos projets de paix.
Toutefois ils demeurent terriblement insuffisants. Parce que trop souvent nos dirigeants, nos pouvoirs décisionnels, se préoccupent plus des effets que des causes de ce dont nous avons à souffrir. D'où, notamment, les 40.000 dossiers de demandes de régularisation refusés par le Parquet. Que les raisons en soient fondées ou non, un tel embouteillage est le signe flagrant que la Belgique ne tourne pas rond.
Notamment en matière d'immigration.
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