Pour
augmenter nos chances de sortir la démocratie belge de sa voie de
garage et casser le mariage forcé de deux entités - à l'entame de
l'union déjà réfractaires à une commune et mythique identité
belge, il conviendrait que la masse populaire cesse de se faire
complice de la prêtrise séculière toute dévouée au conformisme
politique.
Désormais,
il est on ne peut plus clair que, dans sa forme et nanti de sa
philosophie actuelle, le PS entend régenter l'ensemble de la partie
francophone du pays, non content d'être responsable - avec ses
partis satellites, de la déliquescence économique et sociale de
cette région. Autant dire que les pratiques socialistes belges n'ont
aujourd'hui guère plus de commune mesure avec l'esprit socialiste
des premières heures de la Belgique.
Le
plus ahurissant est qu'il est encore un électorat qui ne s'en plaint
pas ou si peu. Ce qui peut s'expliquer de bien des manières,
notamment par le biais d'une corruption notoire et d'un clientèlisme
affiché. L'assistanat et la politisation à outrance de maints
secteurs ont encore de beaux jours devant eux.
De
toute évidence hypnotisée, apathique, cette masse populaire se
satisfait de n'importe quel discours émanant du maître de la
Wallonie, accaparant volontiers les médias soumis à sa cause.
Dès
lors, rien de plus facile pour un despote qui s'ignore de bloquer
toute espèce de contestation à l'encontre de ses propos par un gel des
négociations. D'où lâche soumission et courbettes dévotes de la
part de celles et ceux qui tiennent à lécher les miettes habilement
concédées par le Pouvoir, et faire, peu ou prou, tant qu'on y est,
la Une des quotidiens dévolus à la Sainte Coalition dont une bonne
part des électeurs n'ont pas forcément voulu. Mais ceux-là n'ont
rien compris, n'est-il pas ?
C'est
aussi la même masse populaire qui grogne et geint de ce que les
élections ne parviennent jamais à faire mettre à l'économie et au
secteur social le bon pied à l'étrier. Et pour cause... Le monde
politique, truffé de mafieux, de corrompus, d'arrivistes veille au
grain tandis que les gens votent toujours de la même façon.
Il
est avéré que bon nombre des hérauts de la politique qui promettent monts et
merveilles s'astreignent, avant toute chose, à prendre soin de leurs
intérêts personnels. Si le fait était mensonger le peuple le
saurait depuis longtemps. Et pourtant il s'en satisfait.
L'infecte
particratie qui mine la scène politique belge est toute affairée à
la conservation de ses peaux de chagrins à tous les échelons –
surmultipliés ! de pouvoir. Le vrai débat d'idées n'a plus
cours au plat pays, qui manque décidément de relief mental.
Dans
ce panier de crabes se trouvent mêlés - hélas pour eux, de rares
personnalités intègres. Mais est-il encore facile de le rester
lorsqu'on accède à l'une ou l'autre forme de pouvoir et que l'on
gravit une à une les marches qui s'éloignent du désintéressement...et des intérêts de la population ?
Si
certains représentants politiques n'étaient pas aussi bien
rémunérés, accompliraient-ils avec autant d'acharnement leurs
tâches : être au service du citoyen avant toute chose ?
Assurer la survivance d'une démocratie vraiment égalitaire ?
Protéger de toute censure les opinions des opposants, fussent-elles
dérangeantes ? Maintenir à flot une justice ne connaissant
qu'un poids et une seule mesure ? Offrir aux plus désavantagés
de la société de quoi subsister dignement et leur permettre
d'accéder aux plus hauts niveaux, que ce soit dans l'enseignement,
le monde professionnel ou politique ?
La
nature humaine étant ce qu'elle est – et nous l'ayant maintes fois
prouvé, gageons qu'ils lâcheraient beaucoup plus aisément leur os.
Cependant
la chose politique, puisqu'elle concerne tout le monde, doit être
assumée par des responsables...qui font surtout preuve d'impéritie
dans bien des cas. Hélas, une fois de plus, si les responsabilités
des uns et des autres fondent souvent comme neige au soleil sans
laisser de traces, ce sont les citoyens qui trinquent et les mêmes
têtes qui ne tombent jamais.
Pourtant, en
toute chose vient un moment où il faut accomplir un nettoyage. Le
grand. Celui
qui assainit, tant les idées que les méthodes. Et cela ne peut aller sans
l'apport d'un sang neuf, de vraies remises en questions, de
nouvelles visions d'avenir et encore et toujours le souci constant de
la chose publique plutôt que de l'image et l'ascendant d'un
quelconque parti sur la totalité des autres.
Tant
que le Pouvoir ne s'oppose au peuple par la force – c'est le cas
des pays « mous », comme la Belgique, c'est le peuple qui
doit exiger de détenir un droit de regard, un droit de contestation,
de sanction et de récusation. Et pour que le pouvoir ne se retourne
pas un jour contre le peuple, ni n'en vienne à des pratiques
antisociales, il importe que les citoyens éveillent au plus haut
degré leur conscience, s'informent, s'instruisent, se forment et
critiquent ; demeurent vigilants et s'investissent avec civisme dans
la vie citoyenne, associative et politique. C'est le contraire qui
est anormal.
Lorsque
le Pouvoir, hypocritement, se défend de toute dictature, il préfère
alors pratiquer la ruse et s'entend à étendre en toute occasion les
effets d'une manipulation bien étudiée. Avec les résultats
qu'aucun citoyen ne peut plus ignorer.
Rien
de plus facile que d'endormir une population, machiavéliquement
abêtie (ou considérée comme telle), grâce au football, aux
événements (qui n'en sont pas) festifs ou sportifs ; l'usage
quotidien de l'assommoir des faits divers sans intérêts ; aux
jeux d'argent ; l'incitation à la dépendance au consumérisme ou aux réseaux
sociaux ; à la désinformation, la contradiction, la confusion
dont on fait un plat régulièrement réchauffé pour ceux qui se
contentent du prêt-à-penser.
Confrontés
au marasme belge, les bons grognards, pourtant enlisés jusqu'au cou
dans le conventionnel conformisme politique de papa, ne voient pas que
tout cela aura une fin. Mais pas forcément celle qu'ils supputent.
D'ailleurs,
comment peuvent-ils concevoir qu'il serait beaucoup plus sain et
honnête d'outrepasser le sentimentalisme belgicopatriotique
psychorigide, cette espèce de pathologie belgophile qui se répand
au gré des effets de manches médiatiques et de gros coup de
publicités unitaristes sensés nous présenter notre pays
comme n'étant ni mieux ni pire qu'un autre. Et de s'en contenter avec
un sourire benêt ? Dans leur état d'esprit, c'est désespérant.
Faut-il
sous-entendre par leur idolâtrie qu'il conviendrait d'oublier tout
projet de dissolution nationale pour préférer un « digne »
enchaînement à la « mère-patrie » (et à n'importe
quel prix) ? Tout, fut-ce l'esclavagisme et
les larmes amères, oui tout plutôt que de songer à reconsidérer de fond en
comble d'autres perspectives d'avenir pour les parties concernées
par le haut mal belge ? Apparemment. Les votes d'un certain
électorat en font foi.
Bien sûr,
aucun pays n'est de « cocagne » dès qu'il se trouve sous
la coupe d'une dictature qui se planque sous des allures de
démocratie. Le propre des dictatures est de se croire
indéboulonnables. Or, invariablement, il apparaît que celles-ci se
trouvent un jour ou l'autre acculées au réveil des populations.
Ne
vivant (heureusement pas !) en Chine, nous n'avons pas à
craindre les chars, les camps de « rééducations ». Mais
si une réelle censure sévit chez nous, nous pouvons encore faire
entendre notre voix de bien des façons.
Avez-vous
remarqué : rares sont les nations dont nous n'entendons, pour ainsi
dire, jamais parler. Les causes en sont diverses, certes, mais
devraient nous faire réfléchir sur le peu de nations qui ne
connaissent pas de problèmes graves sur bien des plans. Et le cas de
l'Europe et de sa monnaie unique devrait nous faire réfléchir quant
à leur opportunité, leur bon sens. Si cela nous semble obscur, nous
ne pouvons en ignorer les effets qui s'en font ressentir jusque
devant nos portes.
Ceci
peut aussi nous conduire à songer que ce n'est pas parce que
d'autres pays font pire que nous, qu'il nous faut considérer ce qui
se passe chez nous comme étant l'expression d'un folklore
sociopolitique belgo-belge dont nous devons être fiers sans exiger quoi que ce
soit pour que cela évolue positivement !
Si
le passé n'a pas donné raison aux bricoleurs de la Belgique, le
présent confirme le sentiment d'absence d'avenir pour ce qui ne
devait pas être un pays, au lendemain de la révolution. Reste pour les plus éveillés d'entre-nous
d'adhérer à d'autres projets, d'apporter notre soutien à des
partis qui ne cherchent pas le pouvoir mais à contourner le tunnel
dans lequel s'engouffrent à plaisir les esprits clos.
Les
portes de sorties existent. Certaines provoquent la hantise chez
certains de nos indésirables élus. D'autres parmi ces derniers sont
prêts à retourner leur veste, le cas échéant.
A
l'écart de ce jeu de quille pour maladroits ou aveugle, se trouvent
vilipendés, honnis, celles et ceux qui proposent une issue
honorable, parfaitement en rapport avec l'histoire de notre
civilisation : nous tourner vers un autre grand pays capable de
nous accueillir et nous respecter. Capable de faire de notre Wallonie
une région laïque, républicaine, démocratique, reconnue, qui
n'aura plus à souffrir comme elle l'a trop souvent fait durant ces
dernières décennies et pourra se revendiquer, pour ceux qui le souhaitent, d'un
socialisme enfin mis à jour.
Si le
changement engendre la crainte, c'est normal. Le pire est qu'il rebute d'autant plus
toute personne qui s'accroche à l'un ou l'autre mirage et qui
préfère l'illusion, la bouée-PS, l'oubli des blessures qui ne se fermeront
pas, l'abdication de ses droits, le détournement de son vote plutôt que la conservation de sa dignité et l'usage de son pouvoir de citoyen.
J-M. L.
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