vendredi 10 février 2012

Si on lâchait un chien dans le jeu de quilles ?


Pour augmenter nos chances de sortir la démocratie belge de sa voie de garage et casser le mariage forcé de deux entités - à l'entame de l'union déjà réfractaires à une commune et mythique identité belge, il conviendrait que la masse populaire cesse de se faire complice de la prêtrise séculière toute dévouée au conformisme politique.

Désormais, il est on ne peut plus clair que, dans sa forme et nanti de sa philosophie actuelle, le PS entend régenter l'ensemble de la partie francophone du pays, non content d'être responsable - avec ses partis satellites, de la déliquescence économique et sociale de cette région. Autant dire que les pratiques socialistes belges n'ont aujourd'hui guère plus de commune mesure avec l'esprit socialiste des premières heures de la Belgique.

Le plus ahurissant est qu'il est encore un électorat qui ne s'en plaint pas ou si peu. Ce qui peut s'expliquer de bien des manières, notamment par le biais d'une corruption notoire et d'un clientèlisme affiché. L'assistanat et la politisation à outrance de maints secteurs ont encore de beaux jours devant eux.

De toute évidence hypnotisée, apathique, cette masse populaire se satisfait de n'importe quel discours émanant du maître de la Wallonie, accaparant volontiers les médias soumis à sa cause.

Dès lors, rien de plus facile pour un despote qui s'ignore de bloquer toute espèce de contestation à l'encontre de ses propos par un gel des négociations. D'où lâche soumission et courbettes dévotes de la part de celles et ceux qui tiennent à lécher les miettes habilement concédées par le Pouvoir, et faire, peu ou prou, tant qu'on y est, la Une des quotidiens dévolus à la Sainte Coalition dont une bonne part des électeurs n'ont pas forcément voulu. Mais ceux-là n'ont rien compris, n'est-il pas ?

C'est aussi la même masse populaire qui grogne et geint de ce que les élections ne parviennent jamais à faire mettre à l'économie et au secteur social le bon pied à l'étrier. Et pour cause... Le monde politique, truffé de mafieux, de corrompus, d'arrivistes veille au grain tandis que les gens votent toujours de la même façon. 
 
Il est avéré que bon nombre des hérauts de la politique qui promettent monts et merveilles s'astreignent, avant toute chose, à prendre soin de leurs intérêts personnels. Si le fait était mensonger le peuple le saurait depuis longtemps. Et pourtant il s'en satisfait.

L'infecte particratie qui mine la scène politique belge est toute affairée à la conservation de ses peaux de chagrins à tous les échelons – surmultipliés ! de pouvoir. Le vrai débat d'idées n'a plus cours au plat pays, qui manque décidément de relief mental.

Dans ce panier de crabes se trouvent mêlés - hélas pour eux, de rares personnalités intègres. Mais est-il encore facile de le rester lorsqu'on accède à l'une ou l'autre forme de pouvoir et que l'on gravit une à une les marches qui s'éloignent du désintéressement...et des intérêts de la population ?

Si certains représentants politiques n'étaient pas aussi bien rémunérés, accompliraient-ils avec autant d'acharnement leurs tâches : être au service du citoyen avant toute chose ? Assurer la survivance d'une démocratie vraiment égalitaire ? Protéger de toute censure les opinions des opposants, fussent-elles dérangeantes ? Maintenir à flot une justice ne connaissant qu'un poids et une seule mesure ? Offrir aux plus désavantagés de la société de quoi subsister dignement et leur permettre d'accéder aux plus hauts niveaux, que ce soit dans l'enseignement, le monde professionnel ou politique ?
La nature humaine étant ce qu'elle est – et nous l'ayant maintes fois prouvé, gageons qu'ils lâcheraient beaucoup plus aisément leur os.

Cependant la chose politique, puisqu'elle concerne tout le monde, doit être assumée par des responsables...qui font surtout preuve d'impéritie dans bien des cas. Hélas, une fois de plus, si les responsabilités des uns et des autres fondent souvent comme neige au soleil sans laisser de traces, ce sont les citoyens qui trinquent et les mêmes têtes qui ne tombent jamais.

Pourtant, en toute chose vient un moment où il faut accomplir un nettoyage. Le grand. Celui qui assainit, tant les idées que les méthodes. Et cela ne peut aller sans l'apport d'un sang neuf, de vraies remises en questions, de nouvelles visions d'avenir et encore et toujours le souci constant de la chose publique plutôt que de l'image et l'ascendant d'un quelconque parti sur la totalité des autres.

Tant que le Pouvoir ne s'oppose au peuple par la force – c'est le cas des pays « mous », comme la Belgique, c'est le peuple qui doit exiger de détenir un droit de regard, un droit de contestation, de sanction et de récusation. Et pour que le pouvoir ne se retourne pas un jour contre le peuple, ni n'en vienne à des pratiques antisociales, il importe que les citoyens éveillent au plus haut degré leur conscience, s'informent, s'instruisent, se forment et critiquent ; demeurent vigilants et s'investissent avec civisme dans la vie citoyenne, associative et politique. C'est le contraire qui est anormal.

Lorsque le Pouvoir, hypocritement, se défend de toute dictature, il préfère alors pratiquer la ruse et s'entend à étendre en toute occasion les effets d'une manipulation bien étudiée. Avec les résultats qu'aucun citoyen ne peut plus ignorer.

Rien de plus facile que d'endormir une population, machiavéliquement abêtie (ou considérée comme telle), grâce au football, aux événements (qui n'en sont pas) festifs ou sportifs ; l'usage quotidien de l'assommoir des faits divers sans intérêts ; aux jeux d'argent ; l'incitation à la dépendance au consumérisme ou aux réseaux sociaux ; à la désinformation, la contradiction, la confusion dont on fait un plat régulièrement réchauffé pour ceux qui se contentent du prêt-à-penser.

Confrontés au marasme belge, les bons grognards, pourtant enlisés jusqu'au cou dans le conventionnel conformisme politique de papa, ne voient pas que tout cela aura une fin. Mais pas forcément celle qu'ils supputent.

D'ailleurs, comment peuvent-ils concevoir qu'il serait beaucoup plus sain et honnête d'outrepasser le sentimentalisme belgicopatriotique psychorigide, cette espèce de pathologie belgophile qui se répand au gré des effets de manches médiatiques et de gros coup de publicités unitaristes sensés nous présenter notre pays comme n'étant ni mieux ni pire qu'un autre. Et de s'en contenter avec un sourire benêt ? Dans leur état d'esprit, c'est désespérant.

Faut-il sous-entendre par leur idolâtrie qu'il conviendrait d'oublier tout projet de dissolution nationale pour préférer un « digne » enchaînement à la « mère-patrie » (et à n'importe quel prix) ? Tout, fut-ce l'esclavagisme et les larmes amères, oui tout plutôt que de songer à reconsidérer de fond en comble d'autres perspectives d'avenir pour les parties concernées par le haut mal belge ? Apparemment. Les votes d'un certain électorat en font foi.

Bien sûr, aucun pays n'est de « cocagne » dès qu'il se trouve sous la coupe d'une dictature qui se planque sous des allures de démocratie. Le propre des dictatures est de se croire indéboulonnables. Or, invariablement, il apparaît que celles-ci se trouvent un jour ou l'autre acculées au réveil des populations.

Ne vivant (heureusement pas !) en Chine, nous n'avons pas à craindre les chars, les camps de « rééducations ». Mais si une réelle censure sévit chez nous, nous pouvons encore faire entendre notre voix de bien des façons.

Avez-vous remarqué : rares sont les nations dont nous n'entendons, pour ainsi dire, jamais parler. Les causes en sont diverses, certes, mais devraient nous faire réfléchir sur le peu de nations qui ne connaissent pas de problèmes graves sur bien des plans. Et le cas de l'Europe et de sa monnaie unique devrait nous faire réfléchir quant à leur opportunité, leur bon sens. Si cela nous semble obscur, nous ne pouvons en ignorer les effets qui s'en font ressentir jusque devant nos portes.

Ceci peut aussi nous conduire à songer que ce n'est pas parce que d'autres pays font pire que nous, qu'il nous faut considérer ce qui se passe chez nous comme étant l'expression d'un folklore sociopolitique belgo-belge dont nous devons être fiers sans exiger quoi que ce soit pour que cela évolue positivement !

Si le passé n'a pas donné raison aux bricoleurs de la Belgique, le présent confirme le sentiment d'absence d'avenir pour ce qui ne devait pas être un pays, au lendemain de la révolution. Reste pour les plus éveillés d'entre-nous d'adhérer à d'autres projets, d'apporter notre soutien à des partis qui ne cherchent pas le pouvoir mais à contourner le tunnel dans lequel s'engouffrent à plaisir les esprits clos.

Les portes de sorties existent. Certaines provoquent la hantise chez certains de nos indésirables élus. D'autres parmi ces derniers sont prêts à retourner leur veste, le cas échéant.

A l'écart de ce jeu de quille pour maladroits ou aveugle, se trouvent vilipendés, honnis, celles et ceux qui proposent une issue honorable, parfaitement en rapport avec l'histoire de notre civilisation : nous tourner vers un autre grand pays capable de nous accueillir et nous respecter. Capable de faire de notre Wallonie une région laïque, républicaine, démocratique, reconnue, qui n'aura plus à souffrir comme elle l'a trop souvent fait durant ces dernières décennies et pourra se revendiquer, pour ceux qui le souhaitent, d'un socialisme enfin mis à jour.

Si le changement engendre la crainte, c'est normal. Le pire est qu'il rebute d'autant plus toute personne qui s'accroche à l'un ou l'autre mirage et qui préfère l'illusion, la bouée-PS, l'oubli des blessures qui ne se fermeront pas, l'abdication de ses droits, le détournement de son vote plutôt que la conservation de sa dignité et l'usage de son pouvoir de citoyen.

                                                                                                       J-M. L.

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