Le
CD&V et la N-VA viennent d'effectuer une manœuvre de
rapprochement. La formule s'avérera peut-être explosive. Ou pour le
moins à retardement, car le signal envoyé à la Flandre par cet
aplanissement de « minimes différences » (selon notre ministre de la Défense) entre les deux
partis ne sera pas perdu pour tout le monde.
Même
si ce pacte n'est conclu qu'au sein d'une commune telle que Aalter
(le fief de De Crem) il n'empêche que ce qui passe pour anecdotique
pourrait très bien faire boule de neige et ouvrir la voie à des
suites qui ne feraient que renforcer (si besoin était encore) la
Flandre dans son idéologie nationaliste, terreau de la lente mais
continue dissolution du pays.
Le
tout frais arrivage de 20 mandataires du VB rejoignant les rangs de
la N-VA va bien dans ce sens et n'augure rien de bon pour le petit
empire di rupien. Quant à M. Didier Reynders, qui, dans sa fatuité
se prend à rêver à un « printemps wallon » (il serait
temps !), il ne se doute pas combien ce rêve naïf risque fort de
tourner en cauchemar.
D'abord
parce que la Wallonie ne connaît qu'une sempiternelle saison :
la rouge automnale. Ensuite parce que la grande majorité des wallons
aurait à apprendre à se désobstruer l'esprit, sursaturé
des principes politiquement corrects inculqués par les animateurs
attitrés du Muppet-Show politique belge.
En
effet, il n'est rien de plus laborieux, de plus accablant, de plus
désespérant que de tenter de montrer la sortie à un wallon qui
tourne dans la cage de l'invariable Quartet dominateur. Il faudrait
qu'il consente surtout à s'ôter du nez cet anneau qui permet au
premier phraseur empapillonné venu de le mener là où ce dernier le
désire, c'est-à-dire partout et n'importe où, en ces lieux de la
raison où la lucidité, la mémoire, la dignité, le
courage du wallon y font tragiquement défaut.
La
crainte du changement, l'âge, le désappointement, l'appréhension
de ce qui n'est pas compris, la peur de la complexité, l'attrait de
la facilité et de la lâche abstention, du ridicule vote blanc,
voilà les échappatoires convenant à des milliers de citoyens qui
contribuent à cette pathétique irresponsabilité qui conforte la classe politique
dans ce qu'elle juge la "populace" comme incompétente,
abêtie, et tellement docile qu'elle lui tombe toute chaude, toute rôtie dans les urnes...ou
à côté.
Ce
pauvre petit wallon, qui vote plus par conformisme sociopolitique que
par conviction raisonnée, comment peut-il admettre l'évidence ;
remettre ses choix en question ? C'est tout bonnement
impensable pour ses convictions arrêtées en bout de course.
Et
il s'agit bien de cela, d'une foncière incapacité à faire taire en
lui la voix du dogme, les principes d'une tradition aussi poussive que poussiéreuse
qui étouffe toute velléité de la raison. Comment cette dernière
pourrait-elle espérer se trouver au diapason de la réalité des
faits ? Les pieds dans une pauvreté chevillée au corps et la tête
anesthésiée par des flots de mensonges dilués dans la maestria
médiatique, l'esclave finit souvent par s'éprendre de son maître.
On
considère le parti de papa, le vote fonctionnarisé de père en
fils, comme une construction mentale des plus rationnelles et
inattaquable, quoi que le quotidien puisse asséner comme
contrevérité.
Que ce soit par le plus trivial des népotismes, que
ce soit par l'un ou l'autre effet artificiellement attractif,
l'inclination à un courant de mode le plus stupide ou par un nocif
désabusement, le citoyen mou refuse de faire l'effort de s'ouvrir à
une nouvelle vision de la société - dont, cependant, il n'a de cesse
de se plaindre et de vouer aux gémonies. Mais pas question, pour lui, de sortir des sentiers battus
du conformisme électoral idéalisé une fois pour toutes. Où irions-nous !
En
vérité, l'esclave soumis n'est guère enclin à mettre en doute la
parole, les commandements, les promesses de son maître, dont le
pouvoir permet de penser pour tous ceux qui lui sont soumis. En se
taisant, en ne se révoltant pas, l'esclave contribue à faire la
force de son maître.
Dans
une Europe - et donc une Belgique, gouvernée par la finance, que la
honte s'abatte sur celles et ceux qui, aux prochaines élections - et
même avant ou après, se tairont, opteront encore et toujours pour un
indigne assujettissement aux banquiers, aux eurocrates, aux
gouvernants qui s'arrogent le droit de mépriser leurs peuples.
Pour
changer de monde il faut changer de vie, donc SE penser autrement,
pour agir de manière novatrice, sans attendre un miracle qui n'existera pas. Cela peut, par exemple, commencer
par refuser tout communautarisme politicard, par changer notre
manière de nous informer et enfin de voter.
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